Bonnes raisons d’apprendre en langues nationales ou locales

Enseigner en langues nationales est parmi les options levées par le Gouvernement, via la Stratégie Sectorielle de l’Education et de la Formation (SSEF 2016­-2025), pour améliorer la qualité des enseignements en République Démocratique du Congo. Ce document qui contient plusieurs réformes envisagées dans le secteur de l’éducation préconise  « l’utilisation des langues nationales comme vecteur d’enseignement et d’apprentissage ».

Tant d’experts que d’études scientifiques ont prouvé l’avantage d’enseigner en langues nationales. Les études prouvent que les enfants qui apprennent à lire dans leur première langue sont  capables d’apprendre facilement dans une deuxième langue, le français ou l’anglais par exemple.  D’autres parts, Ils pourront  être capables d’écrire et de partager leurs propres connaissances et expériences avec le reste du monde.

En septembre 2022, Dr. Isaias Barreto Da Rosa, représentant de l’UNESCO en RDC parlait déjà de la nécessité d’intégrer les langues locales dans les programmes du préscolaire : « les langues maternelles (…) sont un facteur important pour l’accès aux connaissances endogènes et universelles et pour la qualité de l’apprentissage », avait-il indiqué.

Selon lui, les langues nationales ou locales sont un atout majeur pour ce qui est de la qualité des apprentissages : « les évaluations des expériences d’utilisation des langues maternelles dans l’éducation montrent que la qualité de l’apprentissage est améliorée dans les différentes disciplines scolaires  y compris l’apprentissage des langues étrangères », avait-il fait savoir.

 « L’enfant ne va pas à l’école pour apprendre une langue, qu’elle soit le français ou l’anglais », estimait pour sa part OTTO Michel, expert-consultant de l’éducation de la petite enfance en RDC, en juin 2022 devant la presse. Et d’ajouter : « L’enfant va à l’école  pour le savoir, la connaissance et la science. Ils se transmettent à travers un médium : la langue, peu importe laquelle. L’important c’est qu’elle soit une langue que l’enfant comprend et à travers laquelle il peut communiquer ».

Pour Régine Yala, institutrice de la deuxième année maternelle au complexe scolaire Manyanga dans la commune de la Gombe  à Kinshasa,  la langue nationale ou langue du milieu facilite la compréhension des activités : « quand nous enseignons, certains mots ne facilitent pas la compréhension immédiate par les enfants. C’est pourquoi nous recourons à un peu de lingala pour nous faire comprendre », a-t-elle-dit.  Elle note par ailleurs l’opposition de la part de  certains parents : « certains parents d’élèves ne nous rendent pas la tâche facile quand ils apprennent qu’on utilise un peu de lingala pour apprendre à  leurs enfants », regrette-elle.

Apprendre en langue nationale relève également d’un autre droit inaliénable de l’enfant : le droit à l’identité culturelle. Pour Nelly Lubuma, promotrice de l’Ecole Chrétienne Bénie, une école du secteur privé basée à Kinshasa,  l’identité culturelle passe d’abord par l’apprentissage des langues nationales aux enfants :

 « Nous sommes congolais et nous le resterons. En tant que tels, nous avons nos langues. La langue fait partie de l’identité d’un peuple. Les enfants doivent apprendre à chanter en Tshiluba, en Kikongo, en Lingala et en swahili. Pour nous, c’est le respect du droit à l’identité culturelle de l’enfant »,  indique-t-elle.

« Les langues naissent, évoluent et disparaissent », dit-on. Des manuels et des programmes spécifiques en langues nationales doivent être produits et vulgarisés pour préserver la culture traditionnelle et la  garder vivante. Tout le monde, adulte, adolescent et enfant en âge de scolarisation doit mettre en esprit que la langue constitue un patrimoine culturel, et, qu’il  n’existe pas des Bangala sans lingala, des Bakongo sans kikongo, etc.

Les manuels en langues nationales peuvent, avec facilité, enseigner aux enfants des valeurs et concepts culturels difficilement compréhensibles lorsqu’ils sont exprimés dans une langue étrangère. Ainsi, avec les manuels en langues nationales, ils apprendront mieux l’histoire, la culture et les traditions de leur pays qu’ils transmettront de génération en génération. La langue est le temple de l’identité culturelle d’un peuple, elle est sacrée. A cet effet, elle mérite respect et considération.

Les langues nationales sont aussi un atout pour la transmission des valeurs spirituelles. Les enfants peuvent facilement cerner les écritures sacrées  s’ils les lisent en langues locales.  De la sorte, ils apprennent sans trop d’efforts à prier suivant les recommandations données dans les écritures et à développer une bonne relation avec Dieu. De cette façon, ils seront en harmonie avec la religion pratiquée dans leur communauté.

Le coup de main de PAQUE

La nécessité de l’apprentissage en langue nationale trouve sa place avec l’appui du projet d’Amélioration de la Qualité de l’Education (PAQUE). Depuis janvier 2022, grâce à ce projet, un nouveau programme national au niveau de la maternelle a été dévoilé. Ce programme intègre également l’enseignement en langues locales, et attend une vulgarisation à 360° pour  que les différentes réformes y afférentes soient dorénavant d’application.

PAQUE a recouru aux prescrits de la réforme reprise dans la SSEF2016-2025 pour déboucher sur la campagne de distribution des manuels de lecture-écriture dans les quatre langues nationales à savoir le Tshiluba, le kikongo, le swahili et le lingala. C’est dans ce sens que plus de 10 millions de ces manuels ont été distribués. Ces manuels sont conçus principalement pour les élèves.  Ils sont adaptés au niveau d’apprentissage des élèves.

Les inspecteurs et les enseignants ont quant à eux bénéficié d’une formation sur les méthodes d’enseigner en langues nationales ou locales.

Thierry MBEBANGU et Bruno NSAKA

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